A mon âge, je me cache encore pour fumer

de Rayhana, mise en scène par Fabian Chapuis
lundi 12 septembre 2011
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" Dans A mon âge, je me cache encore pour fumer, les femmes parlent. Et dans la pièce, on fume, ça sent bon la fumée. Enfin. Les femmes parlent de la guerre, des bombes, des hommes, de religion, de l’amour, du plaisir, de la chair, de la chère. Elles vivent dans des odeurs de cigarette et des soupirs, elles vivent dans les rires et les sourires, elles vivent du rire car il ne leur reste rien d’autre. Parfois, elles n’ont plus que leurs yeux pour pleurer ; moi, je pourrais presque dire je n’ai que mes yeux pour rire, il ne me reste plus rien d’autre. Leur quotidien, c’est quelque chose que je n’ai pas dit jusque là, que peu de gens disent... Et je suis toutes ces femmes à la fois. J’ai pensé cette histoire durant mes dernières années en Algérie. Je l’ai peaufinée à mon arrivée en France. Une période difficile pour moi mentalement. Une période de mélancolie, où tout m’irritait, j’étais à vif. J’ai plongé, alors, ma tête et tous mes sens dans le plaisir des mots, de la langue, de l’humour...

Et je n’observerai jamais le ramadan, je boirai du whisky, du vin, du cidre et l’amour de mon bien-aimé, ce que je trouverai avant que le soleil ne décide de s’éteindre, et je crierai « ni Dieu ni diable » et surtout pas de maître. "

Rayhana Le prix de la liberté (Flammarion 2010)

Rayhana

Née à Bab el Oued, quartier populaire d’Alger, elle suit une formation à l’Ecole des Beaux arts puis à l’Institut national d’art dramatique et chorégraphique d’Algérie. Elle se joint à la troupe nationale de Béjaïa comme comédienne et plus tard, comme metteur en scène. Elle vit aujourd’hui en France et « A mon âge, je me cache encore pour fumer » est sa première pièce écrite en français.

Un soir de janvier 2010, alors qu’elle se rend à une représentation de sa pièce, des inconnus l’aspergent d’essence et essaient d’y mettre le feu. Ils ont voulu la faire taire, elle a continué à jouer...

Je viens d’une ancienne colonie. Pardieu, que faisaient-il de l’Algérie, vos aïeux ? Nous avons une histoire commune, le savez-vous seulement ? J’ai choisi votre pays, car c’est votre pays qui autrefois m’avait choisie, moi, l’Algérienne. Vous avez de la chance de m’avoir, mais sachez bien une chose : je ne suis pas complètement de chez vous, je suis un pont sans piles, une passeuse entre deux rives, une comédienne entre deux rêves, une fille de l’avenir, un long cri trop long et étouffé qui maintenant doit sortir. Et qui maintenant sort.

Tarifs non abonnés : 19 euros plein tarif, 15 euros : + de 60 ans, familles nombreuses, 10 euros : - 26 ans, demandeurs d’emploi, étudiants, 10 euros à partir de 10 personnes.


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