Hors jeu de Jafar Panahi et Femmes du Caire de Yousri Nasrallah

Tarif unique : 4,5 euros
lundi 12 septembre 2011
popularité : 10%

Hors jeu de Jafar Panahi le 24 novembre
présenté par Denis Sieffert de Politis

Iran 2006 1h28

Ours d’argent Berlin 2006

Avec : Sima Mobarak-Shahi, Shayesteh Irani, Ayda Sadeqi

Qu’en un temps, en un lieu... disait le théâtre classique français, affirmation reprise par Jafar Panahi qui situe son action le 8 mai 2006 dans un stade de Téhéran, alors que l’équipe nationale s’apprête à disputer le match de qualification qui va, ou pas, lui ouvrir les portes de la Coupe du monde. Toute la ville participe de la liesse, se rendant au stade dans l’excitation commune à ce genre de circonstances. Toute la ville ? Pas tout à fait puisqu’une moitié de la population est privée de match, les femmes ne pouvant dans la République islamique se voir mêlées aux hommes.

Certaines, plutôt des jeunes filles, vont pourtant tenter l’aventure, profitant de l’effet de masse pour essayer de passer les contrôles, habillées en homme. C’est à une d’entre elles que s’intéresse le réalisateur, ainsi qu’à celles qu’elle va côtoyer, alors qu’un fois arrêtée, elle va être cantonnée dans un enclos improvisé derrière les tribunes.

Le propos est fort, qui multiplie passes et dribbles entre les sexes, nous informant autant qu’un documentaire sur la règle du jeu en vigueur. La forme ne l’est pas moins qui s’appuie habilement sur la tension dramatique liée au sort de la partie pour en créer une seconde de nature sociale mettant en face-à-face femmes avides de liberté et hommes contraints à restreindre leurs aspirations, ceux du film étant exécutants plutôt qu’instigateurs.

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Jean Roy l’Humanité 6/12/2006

Le film a été interdit en Iran.

Jafar Panahi a été arrêté le 1er mars 2010 à son domicile de Téhéran et condamné le 20 décembre 2010 à 6 ans de prison, 20 ans d’interdiction de tourner, de quitter le territoire national et d’accorder des interviews. La réalité est qu’on m’interdit de penser et d’écrire pendant 20 ans, mais qu’on ne peut m’empêcher de rêver que dans 20 ans, l’inquisition et l’intimidation auront laissé place à la liberté d’action et de pensée .

Malgré sa condamnation Jafar Panahi a fait parvenir au Festival de Cannes en mai 2011 un étonnant « objet filmique » : ceci n’est pas un film , documentaire réalisé par son complice et ami Mojtaba Mirtahmasb.

Femmes du Caire de Yousri Nasrallah le 25 novembre

Egypte 2010 2h15

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Scénario : Waheed Hamed

Avec Mona Zaki, Mahmoud Hemeida, Hassan el-Raddad, Mohamed Ramadan.

C’est la première fois que Yousri Nasrallah n’écrit pas lui-même son script, et on comprend vite pourquoi : l’histoire toute en énergie et drames que lui a apporté le scénariste Waheed Hamed lui va comme un gant. On y voit une femme de pouvoir, Hebba, passée par toutes les couleurs et les altitudes de la vie : triomphante et brisée, splendide puis carrément pochée, sinistre et drôle, torride et sèche, amoureuse, placide, furieuse, dégoûtée. Elle est l’animatrice vedette d’un talk-show féminin qui, en menaçant de virer féministe, menace aussi la carrière de son beau fiancé, journaliste ambitieux auquel le pouvoir réclame docilité.

S’enclenchent alors les rouage d’un mélodrame politique qui ne cesse de surprendre par l’audace de ses développements, qu’ils soient sociaux, éthiques, sexuels, poétiques ou même économiques, le cinéaste ayant toujours été soucieux d’articuler cette dimension dans la question des rapports conjugaux et de l’islam. L’avortement, « la classe politique pourrie », « la société qui pue », la violence physique des hommes et des femmes, leurs meurtriers refoulements... rien n’échappe à la fureur inspirée du cinéaste et de son héroïne (Mona Zaki, superbe femme et actrice).

Sertie de trouvailles sensuelles, la mise en scène réussit à tisser ses liens entre la dureté moderne et un certain cinéma classique, oriental mais pas seulement : il y a aussi quelque chose du meilleur Aldrich, par exemple celui du « Démon des femmes », dans ces impressionnantes « Femmes du Caire ».

Olivier Séguret Libération 5/05/2010


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