Film d’amour et d’anarchie de Lina Wertmüller

Projection au Lido le jeudi 24 janvier à 20h30
mercredi 23 janvier 2013
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Scénario : Tonino, jeune paysan, décide de rallier la cause anarchiste lorsqu’il voit un de ses amis tomber sous les balles des carabiniers. Chargé de préparer un attentat contre Mussolini, il se retrouve hébergé dans une maison close à Rome où il tombe amoureux d’une des pensionnaires. Il est alors tiraillé entre ses idéaux politiques et son amour.

Lina Wertmüller, une cinéaste politiquement incorrecte à découvrir :

A la sortie de Film d’amour et d’anarchie, la
critique l’encense avant de lui reprocher de ne pas faire dans le détail. Et pour cause ; là où le cinéma italien coupe, Lina Wertmüller montre, jusqu’au bout. Elle dérange, force à voir. Cinéaste engagée, celle pour qui bon goût et politesse ne sont que tromperie affine encore son art avec Fatto di Sangue, œuvre majeure de la fin des années 70 qui provoque un tollé dans la presse spécialisée. Reconnue à l’étranger par ses pairs, elle poursuit son œuvre dans les années 80/90, essentiellement grâce à des producteurs américains.

Un point de vue sur son œuvre par Ariel Schweitzer

L’interrogation des thèmes idéologiques par la biais de la sexualité permet à la cinéaste de s’écarter de certains dogmes politiques et féministes en posant la question centrale qui traverse l’ensemble de son œuvre : vaut-il la peine de sacrifier sa vie au nom d’un idéal, aussi noble soit-il ?

Les films de Lina Wertmüller sont une belle illustration de la capacité du cinéma italien à affronter les sujets politiques et sociaux les plus brûlants à travers le genre de la comédie dans ses différents registres. Comme Dino Risi, elle offre une vision lucide, désillusionnée, de la société italienne et de ses maux en passant systématiquement du comique au tragique, du rire aux larmes...

Helma, Liliana, Lina... et les autres

En 1973, j’avais 15 ans et j’étais déjà bien cinéphile. Deux choses, avant tout, suscitaient mon enthousiasme : les réalisateurs indépendants américains (Cassavetes, Shirley Clarke, Robert Kramer, Arthur Penn, Monte Hellman, Sarafian, Pakula, Mulligan, etc.), juste découverts avec stupéfaction, et ce que je nommerai a posteriori l’« Internationale des Auteurs Singuliers » qui, de la Hongrie (Miklós Jancsó et ses Vices privés, vertus publiques) à la Yougoslavie (Sweet Movie de Dusan Makavejev), en passant par le Chili (La Montagne sacrée d’Alejandro Jodorowki) ou l’Espagne (Viva la muerte et J’irai comme un cheval fou, d’Arrabal) faisait flotter sur l’Europe étourdie le pavillon pirate des folies iconoclastes... Et il y avait aussi des femmes, quelques vraies amazones affirmant haut et fort leur farouche statut de cinéastes rebelles (une presque première), Helma (Sanders-Brahms), son Allemagne mère blafarde, Liliana (Cavani), Les Cannibales, Portier de nuit, Au-delà du bien et du mal, en attendant La Peau d’après Malaparte, Lina (Wertmüller) enfin, peut-être la plus méconnue - c’est pourquoi nous exhumons un de ses films phares (avec Mimi métallo blessé dans son honneur et Vers un destin insolite sur les flots bleus de l’été), de la plus pure liberté visuelle.

Car il faut comprendre que l’ensemble de ces brûlots idéologiques, dont certains se coltinèrent une censure des plus virulentes, définit l’âme d’une époque où l’industrie cinématographique pouvait encore produire (et surtout diffuser dans de larges circuits commerciaux, ancêtres de nos Multiplex) des œuvres totalement atypiques, furieusement progressistes et dépourvues de toute compromission mercantile (c’est le moins qu’on puisse dire concernant la plupart des titres cités !), réjouissante épiphanie offerte au spectateur d’alors. Sans vouloir paraître passéiste et à une ou deux exceptions près (par exemple Démineurs et Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow), quel film de fiction peut aujourd’hui s’enorgueillir de squatter des centaines de salles hexagonales en véhiculant une pensée politique gauchiste ou anarchisante ?

Marc Bruimaud


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