1914/2014 : Refusons de penser en choeur : 14 novembre au Lido et 15 novembre à L’Union

samedi 18 octobre 2014
par  Webmestre
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Au cinéma Le Lido à 20h30 : projection de deux films

Au Théâtre de L’Union, CDN du Limousin :

A 14h30 au Bar du Théâtre : exposition, lecture, projections, débats

A 20h30 : représentation théâtrale.

1914  : « La guerre de 1914 a d’abord été pour nous Français une guerre dite défensive. Nous sommes-nous défendus ? Non, nous sommes au même point qu’avant. Elle devait être ensuite la guerre du droit. A-t-elle créé le droit ? Non, nous avons vécu depuis des temps pareillement injustes. Elle devait être la dernière des guerres, elle était la guerre à tuer la guerre. L’a-t-elle fait ? Non. On nous prépare de nouvelles guerres ; elle n’a pas tué la guerre ; elle n’a tué que des hommes inutilement… »

Jean Giono « Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix » 1938

2014  : Jamais les engagements militaires de la France à l’extérieur n’ont été aussi nombreux et il nous paraît essentiel, à l’occasion de ce centenaire d’ « actualiser la mémoire ».

Pour citer Howard Zinn, « Ce que nous souhaitons, c’est que l’expérience du passé nous aide à répondre aux questions présentes. » Par là même, il s’agit de rester en mouvement, de « désembobiner » notre mode de pensée trop souvent déformé, corrompu par des informations qui, sous couvert de neutralité, voire d’objectivité, nous obligent à obéir en silence.


11 novembre : la célébration du malheur.

Souvent on a raconté ces moments terribles : Henri Barbusse, Roland Dorgelès, Erich Maria Remarque du côté allemand. Et bien d’autres…

Ils ont rarement dit la souffrance moins spectaculaire des femmes, à l’arrière. Pour elles, le temps n’est plus le même, c’est une longue attente dont elles arrivent péniblement à se distraire durant de très courts instants. Elles errent dans la campagne, elles ont beau travailler durement, l’homme est parti vers des lieux dont elles n’imaginent pas vraiment l’horreur.

Et, le pire, c’est qu’il faut qu’elles vivent. Il n’est pas indécent de rappeler cette souffrance féminine, qui n’est pas pittoresque parce qu’elle est intérieure. Je ne pense même pas à la permission, terrible suspension du temps de l’horreur, je ne pense pas à l’arrivée du facteur, toujours redouté, toujours guetté et qui, le malheureux, sortira une à une, des lettres mensongères, qui ne disent pas que l’homme est mort mais blessé. On distille à petites doses. Et pourtant le temps passe, parfois les souvenirs s’affaiblissent et reprennent la nuit dans de longs sanglots solitaires.

L’hiver passe et puis le printemps revient, et puis l’été. C’est la saison la plus terrible, c’est la saison insupportable parce que les femmes sont seules au milieu des champs, parmi les créatures vivantes et les parfums enivrant des fleurs sauvages.

Seules aussi au milieu des hommes. Seules dans ce paysage insolemment amoureux. Souvent elles sont croyantes. Souvent, elles tiennent, héroïquement, dans une fidélité qui paraît impossible. Ce sont des héroïnes muettes. La vie bouillonne à l’intérieur de leur corps. Va-t-on pouvoir résister à cette force qui est delle de la nature et qui, en 1915 par exemple, est probablement plus puissante qu’aujourd’hui parce qu’on vit, alors, au rythme des saisons et des jours. Parce que tout vous pousse à l’amour, qui s’appellera la trahison, plus tard. Et puis les hommes qui sont partis et revenus en permission, ne sont plus les mêmes. Ils refont pendant une semaine le parcours familier de leurs chants. Mais ils sont des morts vivants, qui errent dans l’attente de la mort. Cette parenthèse dans leur vie est atroce.

Elle est toute aussi atroce chez les femmes.

Et voilà que certaines ne résistent plus à ce qui est comme une puissance surnaturelle qui les envahit, qui les possède. Qui oserait juger ces femmes que l’on qualifiera d’infidèles, que l’on rendra responsable à elles seules de toutes les fautes ?
Comme si ce n’était pas la guerre qui était une faute, comme si elles avaient voulu cette séparation inutile…

Quand, en novembre 1918, ces femmes qui avaient, selon l’expression chrétienne, « fauté », et, du coup, trahi un combattant, ont retrouvé leur homme qui revenait de la tuerie, je pense que cela a dû être atroce pour elle et que cela ne s’est guère atténué durant le reste de leur vie.

Et je pense à tous ces pays qui sont en guerre aujourd’hui, à tous ces pays où l’on rend les femmes coupables de tous les maux, par leur simple existence de femmes.

Le 11 novembre n’est pas la fête de la victoire, il n’est même pas la commémoration de l’armistice. Il est, pour beaucoup d’hommes et de femmes, la célébration d’un malheur intime, auquel nous ne pensons pour ainsi dire jamais.

Rolland Hénault « les mots pour le dire » l’Echo 12.11.10