"Je suis Femen" Alain Margot 26 janvier à 20h30 au Lido

samedi 2 janvier 2016
par  Webmestre
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Suisse 2014 VOSTF 95mn
Avec : Oxana Shachko Anna Hutsol Inna Shevchenko Alexandra « Sasha » Schevchenko

En présence du réalisateur et d’Oxana Shachko (sous réserve)

Prix du Jury Festival Visions du Réel 2014

Synopsis

Oxana Shachko est une femme, une militante, une artiste. Adolescente, sa passion pour la peinture d’icônes la pousse à entrer au couvent, mais c’est finalement au sein du mouvement FEMEN qu’elle décide de mettre à contribution son talent. Entre rage de créer et envie de changer le monde, elle devient co-fondatrice du fameux groupe d’opposantes féministes, qui l’amène de son Ukraine natale aux quatre coins de l’Europe.

Avec « Je suis FEMEN », le réalisateur suisse Alain Margot dresse le portrait d’une personnalité aussi envoûtante que multicolore et révèle l’histoire de jeunes femmes courageuses qui se sont battues pour la liberté d’expression et la démocratie.

LE MOUVEMENT FEMEN

Le mouvement FEMEN est né en Ukraine dans les années 2000, à Khmelnitski, ville natale d’Oxana Shachko, Anna Hutsol et Alexandra « Sasha » Shevchenko, protagonistes du film « Je suis FEMEN ». Alors adolescentes, elles fondent le « Centre de Perspectives pour les Jeunes », un lieu créé pour casser les stéréotypes dans une société excessivement patriarcale.

En 2008, le mouvement prend son envol, au grand dam de leurs proches. Elles déménagent à Kiev et rebaptisent leur association sous son appellation actuelle. À la lutte contre la discrimination s’ajoutent d’autres causes : la lutte contre la prostitution, la condamnation de la corruption et l’instauration d’une véritable démocratie en Ukraine. D’autres femmes rejoignent le groupe, dont Inna Shevchenko. C’est en 2009 qu’Oxana Shachko propose de protester seins nus lors d’une action contre la pornographie en ligne. Le succès médiatique immédiat les pousse à réitérer ce geste, qui deviendra rapidement la marque du mouvement. C’est le début du « sextrémisme » : une nouvelle forme de féminisme où le corps de la femme devient une arme - mais qui, sous son apparence agressive, est non-violente.

Les années 2010 à 2012 forment le cœur du film, pendant que le groupe s’agrandit et multiplie ses actions. Il s’attaque aussi à la religion et sort des frontières ukrainiennes pour militer en France, en Italie, en Suisse et d’autres pays encore.

Les FEMEN agissent toujours dans les limites de la légalité et assument les conséquences de leurs actes. La gestion des plaintes, les procédures liées aux amendes, les comparutions à la cour leur prennent beaucoup de temps. Elles se présentent toujours aux convocations de la justice et font attention à ne pas dégrader les sites de leurs actions. Pas de casses, pas de tags, et la seule exception a provoqué l’exil de l’une d’entre elles : l’épisode où, en soutien à l’arrestation des Pussy Riots en août 2012, Inna Schevchenko a scié une énorme croix orthodoxe à l’aide d’une tronçonneuse.

Suite à un appel anonyme en août 2013, la police ukrainienne organise une fouille du local des FEMEN et y découvre une grenade et un revolver, dissimulés en toute probabilité par les Services Secrets. Les FEMEN risquent alors jusqu’à 5 ans pour terrorisme. Les trois fondatrices prennent la fuite et gagnent l’Europe.

Si les quatre fondatrices du mouvement sont fières de leurs protestations en Ukraine, elles n’ont malheureusement pu assister que de loin aux récentes révoltes citoyennes qui remuent leur pays natal, et dont elles ont en quelque sorte été, avec d’autres mouvements d’opposition et de revendication, les instigatrices

Une Critique

Remy Dewarrat | Lundi 12 mai 2014

Alain Margot livre avec son long métrage "Je suis Femen" un travail exemplaire en donnant la parole aux membres du mouvement ukrainien Femen constitué de jeunes femmes légitimement en colère contre le patriarcat et les injustices. Né à l’origine pour sensibiliser le monde contre le tourisme sexuel de son pays et la traite de ses habitantes, le mouvement a pris de l’ampleur au fil des ans, surtout depuis que ses adeptes se sont mises à manifester en dénudant leur poitrine.

Margot nous fait suivre le quotidien de ces révolutionnaires protestataires en se centrant sur l’artiste du groupe, Oxana. C’est elle qui a eu l’idée des seins nus et c’est elle qui s’occupe de déguiser et de maquiller ses collègues à chacune de leurs actions. On découvre une fille parfaitement intègre qui se bat pour une cause universelle et non pour redorer son blason personnel. Margot le comprend très bien et laisse la parole à ces femmes en colère qui militent autant pour la cause animale en manifestant devant un zoo de Kiev, réputé pour son peu de respect envers ses pensionnaires, que pour celle des femmes en osant affronter le siège central du hockey sur glace à Zürich afin d’empêcher l’organisation des mondiaux dans leur pays, ou lors de l’Eurofoot en Ukraine en dénonçant l’important réseau étatique de prostitution instauré pour l’occasion, ou encore pour défendre trois des leurs qui ont été sauvagement agressées et violées.

Le film s’ouvre d’ailleurs sur une séquence qui relate ce triste événement, montrant parfaitement l’odieux de la réaction face à ces femmes qui n’ont jamais utilisé la violence pour revendiquer leurs actions. Le cinéaste suisse se fait discret et sa caméra capte un quotidien devenu de plus en plus dangereux, quand les services secrets ont commencé à s’immiscer dans tous leurs faits et gestes, allant jusqu’à dissimuler des armes chez elles afin de les accuser de terrorisme, poussant ainsi le mouvement à s’exiler pour des raisons évidentes de sécurité, Margot les montrent faisant face à leurs responsabilités qu’elles ne cherchent jamais à fuir en les filmant sortant de nombreux tribunaux où elles assistent à chacun de leurs nombreux procès.

ENTRETIEN AVEC ALAIN MARGOT

Comment un réalisateur suisse en arrive-t-il à tourner un documentaire sur les FEMEN ?

J’ai rencontré les FEMEN pour la première fois en 2011. Le journaliste Olivier Kohler et Jean-Philippe Ceppi m’ont proposé de tourner un « Temps Présent » pour la RTS. J’ai très vite ressenti la nécessité de porter leur histoire sur grand écran. Les causes qu’elles défendent et les changements qu’elles revendiquent en Ukraine – la justice, la démocratie et la liberté d’expression – résonnent avec mes convictions. Seins nus et avec une poignée de pinceaux pour seules armes, les risques qu’elles encourent pour tenter de changer le monde me fascinent. Je voulais révéler au public qui elles étaient derrière leur allure d’amazones.

Au fil du temps, une réelle amitié s’est tissée entre nous, en particulier avec Oxana. L’artiste marginal que je suis se reconnait en elle, et nous partageons le même sens de l’humour. Je trouve une beauté particulière dans sa manière de rester discrète et de poser ses yeux sur le monde.

Comment décririez-vous Oxana ?

Oxana est une femme révolutionnaire avec une grande partie de rêve en elle. Elle l’exprime dans ses dessins, ses pancartes, ses masques, par le biais de sa créativité. Elle est en contact avec d’autres groupes revendicateurs, mais elle refuse de se laisser instrumentaliser ; elle avoue même qu’elle espère que le mouvement ne va pas plier sous la pression du capitalisme. Ses idées sont fortes, sincères et authentiques.
Qu’est-ce qui vous a intéressé ?
Oxana court des risques, elle s’expose, mais elle reste secrète. Ses idées dérangent, autant en Ukraine que chez nous. Elle est obsédée par ce qu’elle fait, mais pas uniquement devant les caméras. Dramaturgiquement, je trouvais intéressant de la faire exister à travers son adoration pour les peintures sacrales, elle, l’athéiste qui dénonce le clergé. Et de montrer son lien à sa mère, qui, elle, est croyante et subissait comme tant d’autres les inégalités.

Comment appréciez-vous le relais que fait la presse des activités du mouvement ?

La presse s’est d’abord attachée aux seins nus. Plusieurs premières pages lors de leurs séjours en Suisse en 2011 et 2012 ! C’est normal, les seins nus sont devenus une marque, mais je trouve que très peu de choses ont été relatées au sujet de leurs revendications. Personne ne parlait encore de l’Ukraine. Avec ce qui se passe aujourd’hui, on comprend peut-être mieux le comment et le pourquoi de leurs activités militantes, et on s’y intéresse. J’ai l’impression qu’on met aussi plus le doigt dans les failles de leur mouvement. Pourtant, il est le premier qui, à l’étranger, a attiré l’attention sur ce qui se passe en Ukraine.

Entretien : 15 avril 2014 (extraits)

LES SYMBOLES

La couronne de fleurs est un symbole de féminité et d’indocilité fière. C’est la couronne de l’héroïsme.

Le corps-affiche est une vérité exprimée par le corps à l’aide de la nudité et des signes tracés dessus.

Le logo Femen est la lettre cyrillique dont la forme imite celle de la poitrine féminine, le principal symbole du mouvement féminin Femen.

La devise de Femen : mon corps est mon arme !

Kiev Janvier 2013