"Stella femme libre" Michaël Cacoyannis 11 février au Lido à 20h30 en présence de Marc Olry, distributeur du film

mercredi 27 janvier 2016
par  Webmestre
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Grèce / 1H40 / Noir et blanc / VOSTF

Date de production : 1955 Nouvelle sortie : 11 Juillet 2012

INTERPRÉTATION : Mélina Mercouri , Georges Foundas , Alekos Alexandrakis , Sophia Vembo, Christina Kalogerikou …

Le portrait d’une femme libre dans une tragédie grecque moderne

« Je veux chanter, danser et faire flamber tous les hommes ! »

Stella est la chanteuse star du Paradis. Chaque soir elle enflamme la scène, et les clients n’ont d’yeux que pour cette réincarnation grecque de la Gilda de Charles Vidor. Mais Stella est moins une femme fatale qu’une femme libre qui désire mener sa vie comme elle l’entend, quitte à choquer les bonnes mœurs. Femme sans morale, femme facile, putain... sa réputation la pourchasse dans le quartier. C’est ainsi qu’elle se voit contrainte de quitter Aleko, son jeune amant, afin de lui éviter d’être mis au ban de sa famille bourgeoise qui voit d’un très mauvais œil sa relation avec elle. Stella rencontre alors Milto, un footballeur fort en gueule, qui accepte un temps de vivre une liaison libre avec elle mais qui entend bien la faire plier et accepter le mariage...

STELLA FEMME LIBRE est le deuxième film de Michael Cacoyannis (1922-2011), réalisateur grec resté célèbre pour son adaptation d’Electre(1962) avec Irène Papas et le succès mondial de Zorba le Grec (1964) avec Anthony Quinn. Pour tourner Stella, alors âgé de 33 ans, il s’entoure des plus grands artistes de la culture grecque d’après-guerre. Il adapte une pièce de Iakovos Kambanellis (père du théâtre grec contemporain), Yannis Tsarouchis (le plus grand peintre grec du 20e siècle) signe les décors, Manos Hadjidakis compose la musique et Vassilis Tsitsanis, légende du « rebetiko » dirige l’orchestre de bouzoukis qui accompagne Stella. Pour incarner cette chanteuse de cabaret dont tous les hommes tombent amoureux, cette femme fatale libre de choisir ses amants et de refuser le mariage, il fait appel à une débutante : Mélina Mercouri (1920-1994).

Dans Stella, Cacoyannis développe un thème qui lui est cher et récurrent dans sa filmographie : l’affranchissement féminin. « En général, dans le mélodrame grec, la femme subit un double esclavage : familial et social. Elle est soumise, incomprise, bafouée et sévèrement punie si elle commet un adultère. Elle donne avant tout l’image d’un être meurtri, passif, dominé par l’homme et par sa passion sentimentale… Elle ne peut guère qu’être vierge, mère ou « putain ».

Dans Stella, Cacoyannis inverse le mythe de la mariée vierge en présentant comme héroïne une femme libre qui couche avec les hommes qu’elle choisit, refusant le mariage, allant jusqu’à finalement mourir pour « rester libre ». En se dressant contre les conventions de la société et de la famille, elle porte un coup à la morale bourgeoise et son comportement prend une dimension sociale...

Très symboliquement, la date du mariage de Stella avec Milto (qu’elle finit par refuser) est le 28 octobre, une des deux fêtes nationales grecques. Elle est appelée « le jour du Non » pour commémorer le refus de soumission de la Grèce à l’Italie de Mussolini, le 28 octobre 1940. Stella incarne le désir secret de la majorité des femmes grecques de l’époque mais qu’elles n’osent pas vivre parce qu’elles restent dominées. Elle rejette les règles et le carcan de la société patriarcale grecque dans laquelle elle n’a pas sa place, cette société qui la condamne d’avance, la rattrape inévitablement et l’élimine finalement.

Mélina Mercouri

Célèbre actrice de théâtre qui fait ici ses débuts au cinéma, elle confère à son personnage une force incroyable. Elle pousse à la fois la sensualité et l’érotisme de Stella (il faut la voir s’emparer d’une piste de danse ou fumer cigarette sur cigarette) tout en s’imposant physiquement comme l’égale des interprètes masculins. Stella lui doit ainsi beaucoup, Mercouri incarnant parfaitement dans son corps, ses postures, sa voix grave et ses gestes le féminisme revendicateur du film.

Le rebetiko

est en quelque sorte le « blues grec » comparable dans ses thèmes au tango, au fado et se danse de manière hypnotique (les yeux fermés, le danseur se lève comme appelé, il tourne lentement sur lui-même suivant chaque inflexion de la mélodie). Le rebetiko regroupe une multitude de formes musicales différentes, un héritage musical du début du siècle venant d’Istanbul et de Smyrne (nom ancien d’Izmir), des îles grecques et des musiques continentales. Les rebetika se développent dans les années vingt autour du port du Pirée, dans la banlieue pauvre d’Athènes où se rencontrent les réfugiés d’Asie Mineure et les émigrés des îles grecques ou du continent venus chercher une vie meilleure. L’orientalité des uns et la pauvreté des autres les excluant des mœurs grecques et d’une société de plus en plus tournée vers un modèle occidental ou américain, ils décident d’évoquer leur désenchantement à travers leurs chansons et avec leurs instruments, à travers : le rebetiko. Dans les bistrots du Pirée où l’on fume le narguilé ou le haschisch, où l’on joue et où l’on boit, naissent ces chansons qui prônent un style de vie marginale et font l’apologie de la drogue ou de l’alcool. A son arrivée au pouvoir en 1936, le dictateur nationaliste Metaxas tente de mater cette expression libertaire en interdisant et persécutant certains chanteurs. Un vrai débat national nait autour de ce genre d’abord mineur et marginal. La presse et l’élite culturelle prennent parti. Plus tard certains musiciens, comme le grand joueur de bouzouki Tsitsanis (qui dirige l’orchestre dans Stella) n’hésitent pas à sortir des quartiers mal famés pour jouer le rebetiko dans des tavernes plus cossues d’Athènes et l’intégrer réellement à l’identité culturelle grecque. L’errance des noctambules, la douleur des exils et l’apologie de la drogue font place ensuite dans les années cinquante au romantisme, à l’échec amoureux et à la douleur de la séparation : le rebetiko évolue et touche un public plus large.

En 2009, Marc Olry, accessoiriste de profession, créait la société de distribution Lost Films pour partager avec les spectateurs français ses passions pour quelques films oubliés.

1 - Qu’est-ce qui vous a amené à vouloir distribuer STELLA ?

Comme LA RUMEUR et DU SILENCE ET DES OMBRES, deux de mes précédentes sorties, STELLA est un vrai "lost film". Film perdu, méconnu et invisible depuis sa première sortie française en 1957, il n’existe pas en dvd et a connu une seule diffusion télévisée aux débuts de la chaîne Arte. J’étais en tournage l’été dernier sur une île grecque pour le dernier film de Brigitte Roüan lorsqu’on m’a parlé de la récente disparition de Michael Cacoyannis. Ce réalisateur est resté connu des cinéphiles pour ZORBA LE GREC ou ELECTRE. Au même moment, plusieurs amis m’ont parlé de STELLA, l’un de ses films marquants. J’ai alors été mis en contact avec Yannoulla Wakefield, la sœur du réalisateur, présidente de sa fondation et détentrice des droits du film.

2 - Jusqu’à aujourd’hui, vous n’aviez distribué que des films américains. Est-ce différent de travailler sur un film européen ?

Le travail de distributeur est le même pour moi : choisir un film qui doit être avant tout un vrai coup de cœur et le sortir comme si c’était un nouveau film, le mettre en lumière auprès des salles, de la presse, des institutions et du public avec un nouveau matériel promotionnel (un nouveau visuel pour l’affiche, une bande annonce, un document pédagogique, etc.).

D’habitude, je m’adresse à une société anglaise qui gère le catalogue des majors. Les films sont libres de droit. On me précise le prix des copies et je ne peux rien négocier. Il y a toujours l’inconvénient de ne pas savoir dans quel état est le négatif