"Faut savoir se contenter de beaucoup" Jean-Henri Meunier 18 octobre Le Lido 20h30 en présence du réalisateur, de Noël Godin et Jean-Marc Rouillan

dimanche 25 septembre 2016
par  Webmestre
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France 2016 1h40
Avec : Jean-Marc Rouillan, Noël Godin, Sergi Lopez, Miss Ming, Bernardo Sandoval, Jan Bucquoy…

Jean-Henri Meunier


Photographe autodidacte, Jean-Henri Meunier réalise son premier film en 1975, "L’Adieu nu" avec Maria Casarès et Michael Lonsdale, grâce à l’amitié d’Henri Langlois. En 1976, il enchaîne avec "Aurais dû faire gaffe" dont Serge Gainsbourg compose la musique originale.
"La Bande du Rex" avec Jacques Higelin sort en 1980. Ensuite, il produit "Pochette surprise", le premier album de Charlélie Couture. À la fin des années 1980, la rencontre avec l’outil vidéo et Maurice Cullaz, délicieux octogénaire ami de toute la planète jazz, lui permet de concilier ses deux passions, le cinéma et la musique, en réalisant des documentaires musicaux : "Smoothie", pour et avec Maurice Cullaz, tourné de 1988 à 1992. "Tout partout partager" avec Ray Lema en 1997. "Un violon au coeur" avec L.Subramaniam en 1998. "Une voix nomade" avec Mina Agossi en 2008 et "Solo sino pa que" avec Bernardo Sandoval en 2010.
Son long métrage documentaire "La Vie comme elle va", diffusé sur Arte en mai 2003, est sorti en salles en mars 2004 et s’est vu décerné le Grand Prix Scam du documentaire de création 2004.
"Ici Najac, à vous la terre" est en sélection officielle, hors compétition, au Festival de Cannes 2006. Il est nominé au César du meilleur film documentaire ainsi que par la Directors Guild of America (DGA) et par l’International Documentary Association (IDA)

Loin des projecteurs, Jean-Henri Meunier se replonge dans le brut. Il suit pendant plus
de deux ans un groupe de SDF dont un vagabond clown « aux semelles de vent ». Fakir, fil rouge de "Rien à perdre" (2009), qui relate le combat des Enfants de Don Quichotte toulousains pour avoir un toit. Le film est présenté en avant-première au Festival international du Film Documentaire de Thessalonique.
En 2011, il présente "Y a pire ailleurs", libre suite désordonnée de "La Vie comme elle va" et de "Ici Najac, à vous la terre" au Festival du Nouveau Cinéma (Montréal). La trilogie najacoise est présentée en avant-première mondiale en mai 2012 à Documenta Madrid.
En 2012 sort "Tout à gagner". Fakir, Roman et Patrick, trois SDF du campement des Enfants de Don Quichotte de Toulouse ont réussi leur pari. Après avoir démonté leur tente pour intégrer un appartement, ils ont décidé d’avancer grâce au travail, aux études, à l’amour.
JHM revient à la photographie et les éditions Au fil du temps présentent en automne 2012 "Empreintes", un travail photographique entièrement réalisé avec un I Phone entre 2008 et 2012.

Présentation du film par JH Meunier

La révolution, c’est pas de la tarte, même pour Noël, agitateur anarcho-burlesque et impérial trublion de l’internationale pâtissière.
Et comme le chemin est long du grand soir à l’aube radieuse, autant le faire en Cadillac.
À condition bien sûr d’en dénicher une, parce que les Cadillacs c’est comme les indignés, plus on en parle, moins on en trouve.
Mais question tôle, c’est quand même plus classe qu’une cellule à la Santé.
C’est pas Jean-Marc qui dira le contraire. Un persévérant, Jean-Marc. Pas le genre à se résigner. Avec lui, faut savoir se contenter de beaucoup. Longtemps porté sur l’action directe, il découvre avec Noël les charmes de la révolution buissonnière.
Et tous deux nous entraînent sur les chemins de traverse, par-delà les barrages, au gré des Muses et des rencontres complices, irrésistiblement aspirés par la quête d’un monde meilleur.

Dans le film, Jean-Marc dit à Noël : “ Tu sais finalement la réalité ou la fiction, c’est assez flou. ”
Les frontières cinématographiques sont dans la tronche. La mienne est totalement poreuse.
Je ne me suis jamais posé la question si je faisais ceci ou cela. J’essaie simplement de faire un film et j’aime bien ne pas savoir où il m’emmènera. C’est totalement libre, c’est à fond les ballons, c’est à chaque fois une nouvelle expérience de vie. C’est l’envie de bricoler un ofni (Objet Filmique Non Identifié) comme Monsieur Sauzeau à Najac bricolait son gyrocoptère dans La vie comme elle va qui guide mes dérives cinématographiques.

Dans le burlesque totalement décalé, Noël est à un très haut niveau ! Dur de garder son sérieux en tournant. Il y aussi des moments de vie, des scènes où Jean-Marc m’a impressionné, ému. Le fait que tout soit filmé à l’arrache, en impro, en une prise et un axe, tout ça aussi a donné lieu parfois à des situations cocasses.

Après la trilogie Najacoise et "Rien à Perdre", tu décides de revenir sur une certaine génération, une époque porteuse d’utopies et de révolutions. Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire ce film et pourquoi ces deux personnages-là en particulier ?
Comment tu les as fait se rencontrer ?

Ce qui m’a donné envie de faire ce film, c’est de vivre une aventure libre et désordonnée avec Noël et Jean-Marc ! C’est aussi parce que très vite en leur compagnie, j’ai senti que l’on pourrait filmer et s’éclater en toute confiance et légèreté ! J’ai connu Noël en premier. Notre amitié s’est développée sur les terres grolandaises à coups de festivals et de bombances endiablés. Puis nous nous sommes revus à Bruxelles et il y a eu comme un coup de foudre ! Sa gentillesse, sa poésie, ses mots et toute son attention m’ont touché au cœur ! Évidemment « le personnage » me faisait - bien avant ça - totalement kiffer !
Jean-Marc, je l’ai rencontré grâce à un copain journaliste qui revenait de Marseille où il avait fait un entretien avec lui. Quand il me l’a dit, ça m’a fait tilt en pleine tronche, comme un flash, stupéfiant et jouissif. L’idée m’est tombée dessus et de suite j’ai demandé au copain de me présenter Jean-Marc pour lui proposer de tourner un film avec Noël. C’était vraiment une inspiration spontanée. Ce que j’ignorais c’est que Noël avait dédié dans les années 80, la première édition de son Anthologie de la subversion carabinée à Jean-Marc ! Et je savais que Jean-Marc avait payé très cher de sa personne son engagement dans la lutte armée…
Puis la vie comme elle va et vient, les rencontres, les moments doux, dingues, échevelés et les dérives improvisées nous ont fait vivre et partager des bouquets de pensées fleuries et du sacré bon temps !

Quelques avis critiques

« J.H.M travaille sans filet. Funambule sur son film on pourrait parler à son propos d’un cinéma héroïque, d’un cinéaste travaillant très exposé sur le front du film improbable. Il s’agit donc d’un cinéaste de toute première importance sous ses allures de dernier de la classe avec son bras en or, son bras d’honneur à un système qui l’exclut de la main gauche, un système qui aujourd’hui rejette systématiquement (c’est le propre d’un système) tout ce qui n’est pas formaté pour des festi-veaux trop policés et dégoulinants de bonne conscience.

Pour en revenir au film lui-même, il est composé d’une matière opposé à tout système narratif étiqueté. J.H.M. ne donne rien à lire à personne et c’est sa force, sa résistance. Il écrit son film au jour le jour et sans papier, avec ses acteurs et sa caméra en guise de stylo. Par ailleurs c’est un cinéaste d’une très grande précision, comparable en cela à un tireur d’élite : un axe, une prise. C’était sa feuille de route pour« Faut savoir se contenter de beaucoup ». Avant de tourner son premier film (L’adieu nu) J.H.M. était photographe. L’axe est bien sûr aujourd’hui toujours le meilleur et pour la prise il a mis le doigt dedans depuis l’enfance de l’art.
Certains puristes du « Jeu d’acteur » feront la moue en écoutant la voix très haute perchée de Noël Godin confrontée au laconisme longuement travaillé dans les Q.H.S. par Jean-Marc Rouillan. Ils auront tort, obligatoirement tort, de se moquer du ravi de la crèche et de son compagnon de route revenu de tous les enfers. »

Nan Aurousseau – avril 1015

« Jean-Marc Rouillan, ancien d’Action directe, et Noël Godin, l’entartreur belge, cherchent une Cadillac noire décapotable pour rejoindre la Grèce.
L’ancien taulard, le clown rebelle, deux intranquilles forment l’équipage bancal d’un road-movie signé Jean-Henri Meunier. L’idée ? « Aller là où ça barde. »Des bars alternatifs aux zadistes esseulés, où est la révolution ? C’est la France des pirates. De l’insurrection qui ne vient pas.
Un film plein d’humour, déjanté, grave, et un peu maussade aussi. C’est Ravachol accompagné par Pierrot. La Grèce est loin mais il reste Auguste Blanqui, Jules Vallès, du vin de soif et de la bière. » Le Canard enchaîné

Présentation Noël Godin


Noël Godin (dit aussi Georges Le Gloupier lorsqu’il porte une barbe et un noeud
pap) revendique le terrorisme loufoque comme mode d’action politique privilégié.
Cet agitateur anarcho-humoristique belge né à Liège en 1945 s’est rendu célèbre par ses entartages à bout portant de personnalités du spectacle, de la politique et de la finance particulièrement pète-sec et imbues d’elles-mêmes.
En 1968, à Louvain-la-Neuve, Marguerite Duras fut la première gloire du jour à se faire spectaculairement entarter. Depuis, Godin et ses complices de l’Internationale pâtissière ont arrosé de crème fraîche une centaine d’autres cibles prestigieuses parmi lesquelles Nicolas Sarkozy, Bill Gates, Patrick Bruel, Jean-Pierre Chevènement et les journalistes PPDA et Jean-Pierre Elkabbach.
Nourri aux cartoons de Chuck Jones, aux gags radiophoniques de Jean Yanne et aux manifestes dadaïsto-situationnistes, il écrit, notamment, dans les canards de combat CQFD et Siné mensuel. Il apparaît dans les films du tandem Delépine-Kervern et incarne le narcissique écrivain belge Pierre Mertens dans La Vie sexuelle des Belges n°1, n°2 et n°4 de son désaltère ego Jan Bucquoy. Il est l’auteur, entre autres, d’une fort dodue Anthologie de la subversion carabinée, rééditée trois fois, et de ses souvenirs de guérillero pâtissier (Crème et châtiment ; Entartons, entartons les pompeux cornichons !).
Lorsqu’il reçoit le Grand Prix de l’humour noir en 1995 et celui du Rire de résistance en 2013, Noël Godin s’auto-entarte espièglement.

Présentation Jean-Marc Rouillan


Comme il le dit lui-même, deux chances ont illuminé sa vie : avoir 16 ans en 1968 et vivre cette période à Toulouse, la capitale de l’Espagne antifranquiste, l’Espagne de la FAI et des maquis... Sa jeunesse est marquée par le contact avec les révolutionnaires de juillet 1936. Et ceux qui ont poursuivi le combat armé jusque dans les années 60.
Très tôt il saisit le message de Raoul Vaneigem retranscrit dans son traité de savoir-vivre : « Dans une société ayant détruit toute aventure, la seule aventure possible est désormais de détruire cette société. »
À l’automne 1970, lors du procès de Burgos au Pays basque, il rejoint les groupes d’appui à ETA VI° assemblée. Il choisit la voie des armes.
Au cours des années 70, il combat à Barcelone dans les rangs du Mouvement Ibérique de Libération (MIL). Il participe à cette aventure jusqu’à l’ultime fusillade au cours de laquelle Salvador Puig Antich sera blessé et arrêté. Il participe à la fondation des GARI et à leurs aventures explosives aux quatre coins de l’Europe . Arrêté, il sera libéré lors de l’amnistie décrétée à la mort du dictateur Franco.
Mais déjà, le mouvement de l’autonomie politique enflamme le continent.
À peine dans la rue, il reprend les armes. D’abord avec les Italiens de diverses organisations. Puis il participe à la fondation d’Action Directe et reste membre du mouvement jusqu’à son arrestation en février 87. Il subit vingt-cinq années de prison d’une seule traite. Aujourd’hui, libéré mais toujours en conditionnelle, il a été condamné en juin 2016 à 8 mois de prison pour apologie du terrorisme : il a décidé de faire appel : "Je suis fou de rage qu’on puisse m’assimiler aux gens de Daech, pour moi, ce sont des ennemis, c’est tout"...
À partir de 2000, il témoigne de ses aventures carcérales. Et de ses années de lutte armée de l’après 68. Il a publié plus de quinze livres sous son nom ou sous des noms d’emprunt.