"Terre révolutionnaire Mexique-Sud" de François Caron le 16 mars au Lido à 20h30 En présence du réalisateur

dimanche 26 février 2017
par  Webmestre
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France 2009 documentaire 76mn VO(espagnol, nahuatl) stf

Regard sur un pays où la géographie et l’histoire se retrouvent étroitement mêlées. Au Mexique, tout le monde est mexicain mais pas forcément du « même Mexique ». Les langues vernaculaires (comme le Nahuatl) nous rappellent que nous sommes sur un continent très ancien alors que le pays est très jeune. La société mexicaine est syncrétique mais pas sereine pour autant, les revendications d’appartenances territoriales étant toujours en question aujourd’hui.
Portrait d’un pays à travers ses cent dernières années, c’est-à-dire depuis la Révolution de 1910 avec la reconnaissance des peuples autochtones et la réforme agraire qui a véritablement fait naître une Nation. Le Mexique pourrait alors se figurer comme un corps dont la tête pensante serait : Ricardo Flores Magon, le bras armé : Emiliano Zapata et le ventre : les paysans.

Le point de vue du réalisateur

Influencé par le réalisme magique de l’écrivain mexicain Juan Rulfo, par des films tels que « Route One/USA » de Robert Kramer, « Soy Cuba » de Mikhaïl Kalatozov (non pas dans l’idée du gigantisme formel mais dans celle de l’hommage à un peuple), ou par les expériences du groupe Medvedkine en France dans les années 70, j’ai souhaité aborder ce sujet historique par la parole et l’image des premiers concernés.
Le sujet révolutionnaire s’est imposé de lui-même au cours de l’année passée à rencontrer et à discuter avec des mexicains de toutes conditions et j’ai remarqué que cette histoire n’était pas réglée, comme si la mort (toute relative au Mexique) des principaux protagonistes avaient créé une pensée collective révolutionnaire.
Pour cela, ma première motivation ne fut pas la théorie politique proprement dite de ces années 1910-1920, mais plutôt un questionnement sur la naissance de la citoyenneté mexicaine dans un environnement amérindien très ancien, pour ne pas dire antique. J’avais le sentiment que cette Révolution était, d’une part, consécutive d’une époque coloniale où l’esprit indigène paysan avait été marginalisé et, d’autre part, le reflet d’une volonté de coexistence juste entre deux mondes...

Les textes anarchistes de Ricardo Flores Magon…donnent l’atmosphère idéologique de la Révolution mexicaine, comme si la Terre était imbibée de cette poésie lyrique. La clarté du discours nous donne la force de la détermination de ces hommes qui ont pris les armes, il y a cent ans. Ses textes sont ici comme des tableaux animés, faisant allusion au sens contemplatif des paysans et à l’aspect immuable du discours libertaire. Un discours qui a été entendu par une population prédisposée par un système inégalitaire mis en place par une minorité possédante aveugle aux droits humains les plus élémentaires. À la radicalité de cette caste de propriétaires terriens (les hacendados) a fait écho la radicalité de la réponse populaire.

En 500 ans de métissage, le Mexique s’est composé de rythmes et de modes d’expressions allant du plus indien au plus occidental avec toutes les variantes entre les deux. Tous sont mexicains, mais ils ne revendiquent pas forcément les mêmes origines. Je me suis donc efforcé, au fil de la route, de les faire apparaître sans jugement, sans jamais prendre parti pour une apparence qui peut être trompeuse. Ce qui lie le vieux paysan dans son champ, le professeur à la retraite, les trois femmes dans leur cuisine, le couple d’une petite exploitation de canne à sucre, le prêtre ou le fils de républicain espagnol est une conscience politique issue de la Révolution. Ils sont les enfants d’une pensée métisse que Zapata et Ricardo Flores Magon ont symbolisée… Cette méthode permet de mieux faire comprendre au spectateur l’importance de l’organisation sociale des villages, ce socialisme naturel indigène centré sur les anciens qui permet la cohésion du groupe face à l’adversité. De plus, nous pouvons nous rendre compte de la symbiose qui a pu exister entre les aspirations autonomistes des paysans autochtones et les textes anarchistes de Ricardo Flores Magon.

Ce film indépendant, dans lequel l’onirisme a toute sa place, traite bien sûr de l’intégrité absolue de deux révolutionnaires complémentaires mais aussi du droit des peuples indigènes (au sens premier du terme) à posséder leur terre ainsi que ses ressources (le pétrole par exemple). Tout public attentif aux divers conflits sur la planète aujourd’hui, comprend la nécessité d’y réfléchir et d’en débattre. C’est également un sujet de réflexion sur les valeurs universelles de tolérance et de respect de l’autre dans un Monde qui tend aux chocs culturels. Le peuple du Mexique nous offre l’exemple d’une société en marche où les valeurs de Liberté, d’Égalité et de Fraternité qui ont fait naître notre Révolution française prendraient totalement leurs sens.