Soirée organisée par Ciné Bambule et La Cinémathèque de Nouvelle-Aquitaine.
En présence du réalisateur.
France 1h20 2024
D’après une enquête d’Aude Vassallo
Image : Renaud Personna Montage : Isabelle Poudevigne Musique : Marc-Olivier Dupin
Arte France - La Générale de production (Alexandre Hallier)
Le 27 août 1942, depuis le camp français de Douadic (Indre) puis à nouveau le lendemain, le 28 août, après son arrivée au camp de Nexon (Haute Vienne), le jeune Léon Kacenelenbogen envoie deux longues lettres au maréchal Pétain, deux suppliques *, dans lesquelles il clame qu’il a vingt ans et qu’il veut vivre.
Ce jeune polonais avait fui la Belgique, où il avait émigré avec sa famille, pour atteindre la France. Le 16 juillet 1942, le jour même de la rafle du Vel d’hiv à Paris, Léon réussit à franchir clandestinement la ligne de démarcation. Bien qu’assigné à résidence par les autorités préfectorales à Argenton-sur-Creuse, il avait pu se croire à l’abri dans cette paisible localité au cœur du pays. Mais c’était pour être arrêté un mois plus tard lors de la rafle du 26 août réalisée à la seule initiative de l’État français à travers toute la zone libre contrôlée par Vichy.
Comme bien d’autres réfugiés étrangers, Léon n’avait commis d’autre crime que d’être « un repré-sentant de la race damnée et condamnée », ainsi qu’il s’en insurge dans l’une de ses lettres à Pétain. Après les camps de Douadic et de Nexon, il est finalement transféré, début septembre 1942, dans l’une des baraques du camp de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), l’antichambre de Drancy, dernière étape avant les camps de la mort installés en Pologne par les nazis. Dix mille hommes, femmes et enfants leur seront livrés par le gouvernement de Vichy.
Mais Léon arrive à s’échapper...Il est mort en 2017 à 96 ans, sans jamais avoir raconté ce qui lui était arrivé, sans rien dire de son destin qui s’est joué en quelques mois, en quelques jours. Hormis sa trace dans les archives administratives et policières, de très rares photos, il ne reste presque rien de lui. Les lieux eux-mêmes sont de-venus aujourd’hui des ruines dans lesquelles est enfouie la mémoire de l’un des pires moments de la politique de collaboration du gouvernement et de l’administration de Vichy.
Comme on ferait une filature, le film est parti à la poursuite de Léon K. pour essayer de retrouver l’ombre de ce jeune homme. Scrutant chaque détail, analysant les moindres indices, avançant par déductions et par hypothèses, émerge le portrait d’un inconnu plongé au cœur de la tragédie majeure du XXe siècle, les preuves de son extraordinaire instinct de survie.