"Le silence autour de Christine M." Marleen Gorris 15 janvier Le Lido 20h30
Article mis en ligne le 24 décembre 2025

par Webmestre

En partenariat avec Peuple et Culture Corrèze
Présentation/Débat : Federico Rossin

Pays-Bas 1982 ressortie 2025 1h32 vostf
Avec : Edda Barends, Nelly Frijda, Henriëtte Tol, Cox Habbema, Eddie Brugman

Grand Prix Festival de Films de Femmes de Créteil 1982

Synopsis :
Trois femmes : Christine, Annie et Andrea, sont mises en détention pour le meurtre du gérant d’un magasin de vêtements. Leur profil psychologique est demandé à une psychiatre qui, au fil des entretiens, développe une connivence, voire une intimité réelle avec elles, même si Christine refuse implacablement de lui parler. Quel sens donner à ce mutisme acharné ?

Le mot des exploitant·es AFCAE :
Sorti en 1982, ce long métrage néerlandais conserve, plus de quarante ans après sa sortie, une puissance intacte. À travers le geste insensé de ces trois femmes qui tuent sans raison apparente, la réalisatrice propose une analyse incisive d’une société où la parole des femmes est systématiquement ignorée, ridiculisée ou instrumentalisée. Ce sont les humiliations ordinaires que le film met à nu. Le silence de l’une des protagonistes est une forme de résistance, une arme contre une société où la parole masculine domine. Marleen Gorris filme ses personnages avec sobriété et frontalité, sans chercher l’emphase émotionnelle. Elle ne propose pas de solution : elle donne à voir. Et c’est déjà, en soi, un geste profondément moderne et politique.

Quelques avis :
– "La rigueur frappe d’emblée lorsqu’on voit Le Silence autour de Christine M.  : rigueur du récit, ouvrant sur le portrait quelque peu désespérant de la vie des trois accusées ; rigueur, par ricochet, de leur caractérisation, le film élaborant le portrait de femmes capables d’encaisser la domination dont elles sont les victimes, d’abord plus ou moins consentantes, avant qu’inexplicablement, pour une peccadille, les coutures de ce consentement lâchent d’un seul coup… Le meurtre dont elle se rendent coupables, réaction à un vol à l’étalage de Christine constaté par le patron de la boutique qui, dépositaire du nouveau pouvoir dominant qu’il exerce (il est en droit d’appeler la police), va se retrouver victime expiant toutes les situations précédentes, prend alors l’apparence d’un trop-plein provoqué par le ras-le-bol de ces femmes s’acharnant sur leur proie (la scène du meurtre, montée en flashback au cœur du film, sidère par sa brutalité sèche)… Le procès devient alors une mise en lumière paradoxalement libératoire malgré l’engeôlement probable qui s’ensuivra pour les futures condamnées : jugées par une assemblée d’hommes, seulement défendues par la psychiatre dont on moque explicitement la parole et les analyses, elles ne peuvent que considérer la justice exercée que par un éclat de rire tonitruant, tout autant marque d’indignation que révélation du ridicule d’une société patriarcale littéralement pousse-au-crime. Ce qui fait en fin de compte du Silence autour de Christine M. une remarquable farce macabre, raide comme l’injustice…

Là se trouve la force politique des films de la réalisatrice néerlandaise : ses deux premiers films sont d’audacieuses bombes à retardement ayant l’ambition de faire exploser ce rapport de force inéquitable puisque installé dans les esprits conditionnés par la société qui les abrite, peut-être inaudibles lors de leur réalisation il y a une quarantaine d’années mais trouvant aujourd’hui une force et une actualité confondantes, échos formidables aux évolutions féministes actuelles…" (Culturopoing)

– En 1996, l’Oscar du Meilleur Film étranger est remis à Antonia et ses filles, réalisé par une certaine Marleen Gorris, cinéaste néerlandaise dont le spectateur lambda n’a jamais entendu parler. Et pour cause, il s’agit du quatrième film d’une cinéaste ayant jusque-là œuvré dans les marges. Gorris deviendra néanmoins, alors, la première cinéaste oscarisée de l’histoire.
Après une brève rétrospective à la Cinémathèque française début 2025, il est grand temps - voire urgent - de redécouvrir et découvrir pour la première fois sur grand écran en France, Le silence autour de Christine M.  (1982) et Miroirs brisés (1984), les deux premiers films d’une cinéaste aux avant-postes dont le militantisme résonne autant avec l’époque qu’avec certains films qu’elle a engendrés et portés aux nues. Impossible en effet de ne pas voir une parenté entre Le Silence autour de Christine M. et Anatomie d’une chute (2023), de Justine Triet, pour ne citer que lui.