JULES DURAND

lundi 29 septembre 2008
popularité : 10%

L’affaire Dreyfus du pauvre.

Né le 6 septembre 1880 au Havre, Jules Durand, militant anarchiste et secrétaire du syndicat des Charbonniers du Havre, fut arrêté le 11 septembre 1910 et inculpé d’incitation et complicité de meurtre sur la personne de Louis Dongé, ouvrier non gréviste. Victime d’une machination effroyable-la mort de Dongé relevait au vu et su de tout le monde d’une rixe entre ivrognes-, Jules Durand est condamné à mort par la Cour d’Assises de Rouen. Cette condamnation entraîne une grève générale qui paralyse toute la ville et une solidarité nationale et internationale se manifeste pour demander la révision du procès. La révision, entreprise en 1912 par la Cour de Cassation, proclame Jules Durand innocent le 15 juin 1918. Mais, accusé à tort, victime des conditions carcérales, victime de l’injustice de classe, lui qui avait toujours recommandé à ses compagnons de lutte le calme, la détermination et la sobriété, il meurt le 20 février 1926 à l’asile d’aliénés de Sotteville-lès-Rouen.

Détail curieux : dans les archives du Palais de Justice de Seine-Inférieure ne figure pas le dossier de l’affaire Durand : il a brûlé pendant la Seconde Guerre Mondiale.

J’avais dix ans et mes parents habitaient le Havre devant la prison, quand éclata l’affaire Durand. Ce fut un modeste entrefilet de dix lignes dans les journaux locaux, intitulé « Sanglante chasse au renard ». Une rixe, entre ivrognes, avait éclaté laissant, sur le pavé du quai, un mort : un ouvrier qui continuait de travailler pendant la grève des Charbonniers, assommé par des grévistes. Quelques jours plus tard, à la stupéfaction de tous, on inculpait le secrétaire du syndicat, Jules Durand. A la maison, on suivit l’instruction et les débats de la Cour d’Assises. Mon père et ses amis étaient convaincus, non seulement de l’innocence de Jules Durand mais de la machination. Et je crois que toute ma vie d’homme fut marquée par cette terrible « erreur » judiciaire, vécue dans mon enfance. Je ne pouvais pas l’oublier...

Armand Salacrou Boulevard Durand


Commentaires  forum ferme